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“Pourquoi ont-ils tué Boudiaf ?”


Dilem du 17 Janvier 2012

Des élèves interpellent des compagnons d’armes de tayeb el-watani

Pourquoi ont-ils tué Boudiaf ?”

Par : Karim Kebir

Face à une telle question, sans doute inattendue par les conférenciers, il leur fallait un trésor d’imagination et d’improvisation pour s’en sortir.

Vingt ans après sa mort, le défunt Mohamed Boudiaf, de son nom de guerre Tayeb El-Watani, continue à hanter la mémoire du pays. Non seulement celle de ses compagnons de lutte, ses amis, ceux qui l’ont sollicité à revenir au pays après des décennies d’exil avant qu’il ne finisse assassiné à Annaba le 29 juin 1992, par Boumaârafi, selon la version officielle, mais aussi celle des potaches.
Comme pour Abane Ramdane, l’architecte de la Révolution proscrit à ce jour des manuels scolaires, l’évocation de Boudiaf continue à provoquer une espèce de gêne, comme pour perpétuer un voile opaque sur un homme dont le sacrifice est légendaire et immortalisé par une chanson du défunt Matoub Lounès, au destin similaire. Dans un pays qui a fait de la culture de l’amnésie une stratégie de gouvernance, il est pour le moins remarquable que des élèves s’interrogent sur certains pans de l’histoire, mais surtout sur les circonstances de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, son parcours et les raisons de son élimination.
L’association Machaâl Echahid, qui a organisé hier une conférence sous le titre “Halte de reconnaissance à Si Tayeb El-Watani”, animée par le professeur Mohamed Abbas en présence de certaines personnalités dont l’ex-ministre et figure de proue du FLN, Abderazak Bouhara, des étudiants, des collégiens et des lycéens ainsi que d’anciens compagnons du défunt, comme Tayeb Ethaâlibi, l’a vérifié, à ses dépens. 
“Pourquoi l’a-t-on tué ?” a interrogé un adolescent, parmi une série de questions sur le défunt, aussi encombrantes les unes que les autres, certains élèves ayant eu même droit à des applaudissements. Face à une telle question, sans doute inattendue par les conférenciers, il fallait un trésor d’imagination pour s’en sortir. “Il savait que la mission était difficile, mais il a répondu à l’appel du pays. Ce fut une période transitoire qui ne lui a pas permis de faire son travail”, affirme le professeur Mohamed Abbas. Cet enseignant ne manquera pas de suggérer, à demi-mot, que le défunt gênait “certaines parties”. Interrogé, par ailleurs, sur l’initiative envisagée par Nacer Boudiaf, une pétition pour la vérité sur l’assassinat de son père, Mohamed Abbas répond que “c’est à la société civile de jouer son rôle, si son appel a des échos”. “Il faut que les Algériens sachent par qui et pourquoi il a été assassiné. Ce n’est pas un acte isolé. Et si la justice algérienne ne rouvre pas le dossier, j’irai, avec ma famille, devant la justice internationale”, avait affirmé, jeudi dernier, à Paris, Nacer Boudiaf, lors de la présentation de son livre L’Algérie avant tout. Auparavant, Mohamed Abbas s’est longuement étalé sur le parcours de l’ancien président du HCE, depuis son service militaire et les péripéties qu’il a connues par la suite, dont son opposition à l’état-major. “Il était exilé, mais son assassinat l’a fait beaucoup connaître”, observe-t-il. Ancien ami du défunt et compagnon de longue date, Tayeb Ethaâlibi a admis que l’assassinat de Boudiaf est “un crime politique parfait”.
Pour celui qui a créé la Fédération du FLN du Maroc, puis celle de Tunisie, la démarche du fils Nacer “est légitime”. Il a confirmé l’information donnée par Nacer Boudiaf selon laquelle Mohamed Boudiaf avait chargé, lors de sa prise de fonctions, des éléments des services, qui seront éliminés plus tard, pour enquêter sur les avoirs des dirigeants algériens à l’étranger.
Mais pour lui qui n’a pas pu contenir ses larmes lorsqu’on lui fait remarquer que beaucoup de questions posées par des élèves n’ont pas eu de réponse, “il y a des vérités qui ne peuvent pas être dites”. Il compte bientôt publier ses mémoires.

Cinq questions des lycéens

 

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Les cinq questions des lycéens

Les lycéens et lycéennes de l'établissement Mohamed-Boudiaf à El Madania ex-Salembier, et ceux du lycée Oum-Habiba de Bab Ezzouar à Alger ont donné hier une véritable leçon de prise de conscience à l'occasion de la célébration du 20e anniversaire du retour du défunt Mohamed Boudiaf en Algérie.
«Mohamed Boudiaf est cher à tous les Algériens dignes de leur pays et qui se respectent», ont-ils dit. Les lycéens ont posé 5 questions aux conférenciers, qui devaient donner des réponses claires sur le personnage central de la Révolution algérienne. Pourquoi Mohamed Boudiaf s'est-il exilé au Maroc? Quand et comment est-il mort? Pourquoi ne pas rouvrir le dossier sur l'assassinat du président Boudiaf? Quelle est la réaction des Moudjahidine sur son assassinat? Et pourquoi nous ne respectons pas l'emblème national? Telles furent les cinq questions qui ont ébranlé la salle et laissé perplexes les conférenciers devant ces adolescents qui ne connaissent absolument rien de ce géant de l'Histoire de l'Algérie? Une autre question a été posée par les lycéens en marge de cette conférence au Cercle des moudjahidine à Alger: «Pourquoi vous ne nous dites pas la vérité alors que vous avez 90 ans?». Pour leur part, les moudjahidine ont expliqué que «l'état-major à l'époque s'est retourné contre le Gouverne-ment provisoire de la Répub-lique algérienne, et ce rien que pour assouvir des intérêts personnels». La salle des conférences était archicomble, les intervenants ont été séduits par l'intérêt que portent les adolescents à l'Histoire de leur Révolution et par le fait qu'ils ne jurent que par la vérité concernant l'histoire de leurs pays. «Je ne peux pas dire tout publiquement», s'est contenté de répondre Tayeb Thaâlibi, dit «Si Allal», âgé de 89 ans, ancien moudjahid. Mohamed Boudiaf est né le 23 juin 1919 à M'sila. Il a travaillé très dur et dignement dans plusieurs villes du pays telles que Bordj Bou Arréridj, Sétif, Jijel et d'autres afin de gagner sa vie dignement. M Boudiaf a commencé son militantisme dans les années 1940. Il a participé à toutes les étapes de la préparation de la Révolution algérienne et continué de lutter jusqu'à l'indépendance du pays, le 5 juillet 1962. Orateur et organisateur hors pair, Mohamed Boudiaf, dit Si Tayeb Al Watani, n'a jamais ménagé ses efforts pour la libération de son pays. Assassiné lâchement le 29 juin 1992 au Palais de la culture de Annaba en plein discours, la mort de Mohamed Boudiaf restera ancrée dans les mémoires des générations post-Indépen-dance. «La guerre actuelle est celle des luttes contre la corruption qui ne peut être gagnée que par la culture des sciences et le savoir», a conclu un des lycéens. Bravo les jeunes!

 

 



17/01/2012
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