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Le jeu trouble du Qatar --Les dépassements du riche émirat décriés

Les dépassements du riche émirat décriés

Le jeu trouble du Qatar

le 26.01.13 | 10h00

| © AFP

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le richissime émirat du Qatar soupçonné de «financement » des groupes djihadistes au nord du Mali et ailleurs…

Une monarchie absolue qui nourrit des ambitions démesurées et tente d’étendre son influence dans la sphère régionale, notamment à la faveur du Printemps arabe. Pleinement engagé dans le renversement d’El Gueddafi en s’alliant avec l’OTAN, l’émirat du Qatar s’est révélé, à la faveur du Printemps arabe, un acteur «diplomatique» incontournable dans le nouvel échiquier régional. Son rôle grandissant a fait de cette richissime monarchie pétrolière un interlocuteur privilégié et surtout un riche allié de l’Occident. Mais, et contre tout attente, dans la guerre contre les groupes terroristes au Mali, Doha prend ses distances vis-à-vis de son allié, Paris, et critique l’action militaire. Pas seulement. Le Premier ministre qatari, cheikh Hamad Bin Jassem Al Thani, a émis des doutes sur l’efficacité d’une intervention militaire en assurant que «la force ne réglera pas le problème». Une position inattendue, du moins à Paris, qui n’a pas manqué d’éveiller des soupçons dans les milieux politiques et médiatiques.

Des questions fusent de partout sur le rôle «obscur» du Qatar dans certaines contrées musulmanes et sur ses liens «douteux» avec des organisations extrémistes. Ce «bout de terre» coincé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran dans le golfe Persique est clairement accusé d’avoir «financé» des djihadistes au nord du Mali. Vrai ou faux ? Accusation fondée ou simple affabulation ? Désormais, ce pays - généreux donateur - suscite de la méfiance sur son passage.

Lors d’un débat au Sénat français, au lendemain de l’intervention militaire française au Mali, une sénatrice communiste, Michelle Demessine, avait ouvertement accusé l’Etat du Qatar de «financer» des groupes djihadistes. «Qui finance certains groupes en action au Mali, si ce n’est le Qatar? Doit-on se voiler la face ?», avait lancé la sénatrice. Une accusation que le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a rejetée. «Sur les financements, il ne s’agit pas de prononcer des accusations comme cela, nos services ont mené toute une série d’actions pour savoir d’où viennent ces financements, il y a des accusations qui sont portées dont nous n’avons absolument aucune confirmation. Au-delà de tel ou tel Etat, la drogue, le trafic d’armes, le trafic d’otages sont à l’origine de dizaines et de dizaines de millions d’euros, et il y a confusion pour beaucoup de ces groupes entre le banditisme, le terrorisme et l’affirmation religieuse (…)», avait expliqué M. Fabius.

Entre accusation et démenti, Doha est suspecté de soutenir en sous-main des mouvements djihadistes. Même les services français fouillent dans cette direction, à en croire le Canard Enchaîné. L’hebdomadaire français avait fait des révélations troublantes sur «l’ami qatari». Dans sa livraison du 6 juin 2012, le journal a révélé que la direction du renseignement militaire a recueilli «des renseignements selon lesquels les mouvements Ançar Eddine, Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont reçu une aide en dollars du Qatar». Dangereuses allégations. Le mystère reste entier et Doha s’en défend.

Mais il est établi que dans cette région du Mali, devenue un immense sanctuaire du terrorisme, l’émirat du Qatar distribue généreusement de gros sous via son Croissant-Rouge. Cette ONG qatarie aurait effectué de nombreuses missions à Gao. Selon RFI, fin juillet 2012, «une mission d’évaluation du Qatar est arrivée à Gao pour recenser les besoins humanitaires de la région. Selon des témoins présents sur place, les Qataris ont promis 3 milliards de francs CFA de médicaments et matériels en tous genres». Selon toujours Radio France internationale, qui cite un acteur humanitaire, le Croissant-Rouge de sa majesté «est venu surtout avec beaucoup d’argent», affirmant que les primes faramineuses payées à certains personnels de soins à l’hôpital de Gao, «ont créé des tensions avec leurs collègues moins chanceux».

Les généreux donateurs qataris sont arrivés «sans avertir personne, pas même le CICR, pourtant coordinateur de l’aide d’urgence dans les zones de conflit. De même, le Croissant-Rouge s’installe toujours dans des lieux stratégiques déjà bien pourvus en aide, comme l’hôpital de Gao contrôlé par le Mujao, et délaisse des zones plus isolées. Des choix qui peuvent s’avérer déterminants en cas d’intervention militaire contre les islamistes», souligne RFI. Pour beaucoup d’analystes et autres observateurs, le Qatar «finance généreusement» des acteurs politiques et des groupes religieux extrémistes, pour s’offrir des relais locaux dans tous les pays arabes dans une stratégie d’influence conquérante.

L’Algérie n’est pas en reste ; l’émir de cette monarchie absolutiste y jouit de grands privilèges notamment dans le domaine économique en faisant prévaloir une «solide amitié» avec le président Bouteflika. Alger est une étape importante dans l’agenda du cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani. Il a effectué plus d’une dizaine de visites – officielles et privées – en Algérie. Le Qatar est-il si vite devenu ainsi, par la force de son argent, à la fois paradoxalement un partenaire sollicité qu’un acteur douteux ?

Hacen Ouali


26/01/2013
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